
• LEMONDE.FR | 02.11.02 | 09h40
Les barons de la drogue colombiens vont sortir de leur prison "pour "bonne conduite"
Le cartel de Cali a provoqué une onde de choc depuis sa prison en Colombie, avec coup sur coup la mise en cause par le pouvoir de l'indépendance de la justice après la libération annoncée de ses deux caïds vendredi "pour bonne conduite", et le limogeage du directeur de leur prison.
Considérés par Washington comme deux des plus puissants trafiquants de cocaïne au monde, les frères Gilberto et Miguel Rodriguez Orejuela, barons du cartel de Cali, vont être élargis après avoir purgé 7 ans de prison sur les 15 ans de leur peine. Ils avaient été arrêtés tous les deux en 1995 à Cali, à 500 km au sud-ouest de Bogota.
Prise vendredi matin par un juge de l'application des peines de Tunja, cette décision, qui a "surpris" le président Alvaro Uribe, a été qualifiée "d'extrêmement grave" par son homme de confiance, le ministre de l'intérieur, Fernando Londono.
L'attitude de Pedro Aranguren, directeur de la prison de Combita où les frères Rodriguez Orejuela n'ont purgé que 7 de leurs 15 ans de peine, a été qualifiée "d'inconséquente" par un porte-parole de la présidence, pour justifier sa destitution après qu'il eut émis un avis favorable à leur élargissement.
Le ministre de l'intérieur a accusé "ces messieurs (les frères Roriguez) d'avoir obtenu, grâce à leur gigantesque pouvoir économique, un résultat judiciaire qui ne correspond pas aux preuves du procès". Fernando Londono a révélé que le procureur général, Edgardo Maya, le chef du ministère public, Luis Camilo Osorio, et lui-même "examinent activement et en détail les attendus" du juge de l'application des peines, car "nous sommes convaincus qu'une irrégularité s'est glissée" dans cette décision.
La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne avec 580 tonnes par an, bénéficie d'une aide considérable de Washington, de deux milliards de dollars depuis 2000, pour éradiquer ce fléau par fumigations d'herbicides sur les 130 000 hectares de plantations de coca.
La violente réaction du pouvoir contre ces deux libérations anticipées vise à l'évidence à rassurer les Etats-Unis sur sa volonté de combattre le trafic de drogue, malgré une justice jugée "incapable", selon le ministre de l'intérieur, "de traiter le thème du narcotrafic". 52 000 hectares de cette drogue ont été officiellement détruits par les fumigations aériennes de glifosate depuis l'investiture d'Alvaro Uribe le 7 août dans le département du Putumayo, principale centre de la coca colombienne.
Lors de leur séjour à la prison de Palmira, près de Cali, avant leur transfert dans celle de Combita en septembre 2001, Norberto Gonzalez, directeur de la maison d'arrêt, avait révélé que Miguel Rodriguez Orejuela, 57 ans, avocat de formation, se consacrait "à l'enseignement" du droit, alors que Gilberto l'aîné, 63 ans, "avait choisi l'artisanat".
Les deux frères "vivaient comme des rois dans leur prison de Palmira, et pouvaient en sortir comme bon leur semble", a affirmé Fernando Londono, avant d'assurer que depuis l'investiture du président Uribe le 7 août, les barons de la cocaïne étaient devenus "des prisonniers comme les autres à Combita".
Les Etats-Unis avaient accusé à l'époque les deux frères d'être responsables de l'envoi de 80 % de la cocaïne produite dans le pays andin. Leur détention avait mis fin aux activités du cartel de Cali, le plus puissant réseau de trafic de drogue à l'époque avec celui de Medellin.
Le chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar, a été tué par la police le 2 décembre 1993 sur le toit de son domicile, dans sa ville, alors qu'il tentait de s'échapper après avoir été repéré par les écoutes téléphoniques policières.

