
La France et l'Allemagne sont tombées d'accord lundi à Berlin pour prendre en compte de nouveaux critères, comme l'inflation et l'emploi, dans le Pacte de Stabilité de la zone euro, aujourd'hui largement focalisé sur la seule maîtrise des déficits publics.
A l'issue d'un conseil économique et financier franco-allemand, le ministre français de l'Economie et des Finances Francis Mer a ainsi évoqué la nécessaire prise en compte de "cinq paramètres de base".
Et de citer, outre le déficit au coeur des discussions actuelles, les critères de l'inflation et de l'emploi, ainsi que ceux, à plus long terme, de la dette et de "la qualité de la préparation du futur".
Le ministre allemand des Finances Hans Eichel a de son côté approuvé l'introduction des critères d'inflation et d'emploi, faisant échos aux propos qu'il avait tenus la semaine précédente, estimant notamment nécessaire de "poser quelques questions autres que celles portant sur le déficit".
L'extension des critères pris en compte pour évaluer les politiques nationales doit également se ressentir au niveau de la Commission européenne, qui doit se voir attribuer "davantage de responsabilité sur la manière dont elle surveille le budget" des Etats-membres, a estimé Francis Mer.
Il a ainsi appelé à "donner à la Commission (...) une capacité d'initiative", lorsque qu'elle juge insatisfaisante la situation d'un pays, non seulement du point de vue budgétaire, mais aussi des "différents paramètres que j'ai évoqués".
Ces nouveaux critères ne visent "pas à remettre en cause (le pacte de stabilité), mais à en affiner la qualité", a tenu à préciser le ministre français. France et Allemagne reconnaissent "l'esprit du Pacte", a renchéri son homologue allemand.
Le ministre allemand des Finances Hans Eichel, en janvier 2002, à Berlin
Le déficit public allemand sera en 2003 "nettement sous 3%" du Produit Intérieur brut, limite imposée par le Pacte, a ainsi répété lundi Hans Eichel, Francis Mer réaffirmant pour sa part que "en 2003 la France fera ce qu'elle doit faire pour rester" au niveau de 2,6% de son PIB qu'elle s'est fixé pour cette année, et comptait à partir de 2004 réduire son déficit "d'au moins 0,5% par an".
"Nous sommes d'accord sur l'objectif" du pacte de stabilité, qui demande aux pays de la zone euro d'éliminer leurs déficits à moyen terme, a également indiqué M. Mer, tout en plaidant pour une lecture plus souple.
"En partant de situations différentes nous parviendrons au même résultat selon des cheminements adaptés à nos situations", a-t-il estimé.
Manifestement peu enthousiasmé, le président de la banque centrale allemande Ernst Welteke s'est juste dit "satisfait" de la volonté des deux pays de s'en tenir au Pacte.
Les deux ministres "ont dit clairement qu'ils s'en tiendraient aux fondements, aux règles et aux objectifs" du pacte de stabilité et de croissance. "Je me satisfais de cette explication", a sobrement commenté le président de la Bundesbank et à ce titre membre du directoire de la BCE.
Le grand argentier a néanmoins réaffirmé le caratère "indispensable" de la discipline budgétaire au sein de l'union, répétant l'un des arguments avancés fin octobre par la banque pour voler au secours du pacte, attaqué de toutes part.
Le président de la Commission européenne Romano Prodi, en octobre 2002, à Strasbourg
L'Allemagne et la France s'en étaient en effet distanciées, la première reconnaissant que son déficit dépasserait cette année 3% du PIB, la seconde affichant son intention de commencer à réduire ses déficits seulement à partir de 2004. Et le président de l'UE, Romano Prodi, était même allé jusqu'à le qualifier de stupide.