INTERNATIONAL(du 17/10 au 14/11)(fin de la première partie)

par ERIC JL BRETON

Publié le mardi 5 novembre 2002

Mardi 5 novembre 2002


L'Express, n° 2678
La Semaine; Société, jeudi 31 octobre 2002, p. 53

Histoire
Les victimes oubliées du franquisme

Thibaud Cécile

Enfants de républicains, ils ont été enlevés et placés dans des institutions où on leur a fait renier les idéaux de leurs parents

«Maman, ne me parle plus de papa, je sais que mon père était un criminel. Je vais prendre le voile, ne m'écris plus.» Ainsi s'exprimait, dans les années 1940, une fille de républicains espagnols dans une lettre à sa mère incarcérée dans les prisons franquistes. Plus de soixante ans après, l'Espagne est en train de découvrir le sort réservé aux enfants du camp des perdants de la guerre civile.

Ceux qui n'avaient pas été confiés à temps à un oncle ou à une grand-mère partaient partager la cellule de leur mère. Enfermés dans des conditions dramatiques, les plus jeunes ont succombé. Les plus âgés, eux, allaient subir une rééducation brutale. «Nous ne savions rien», affirme Juana Doña, 83 ans. Condamnée à mort en 1947 pour avoir aidé le maquis, elle a purgé dix-huit ans de prison. «Quand des enfants quittaient la prison, on nous disait qu'ils partaient en pension, qu'ils allaient étudier.» La réalité était autre. «Ils étaient placés d'office dans des institutions où tout allait être fait pour qu'ils apprennent à détester leurs parents, à vomir leur histoire et à épouser la morale du vainqueur», raconte l'historien Ricard Vinyes, qui vient de lever le voile sur ces victimes oubliées (Irredentes, Plaza y Janes).

Mis en place par un psychiatre reconnu, le programme répondait à une doctrine arrêtée: «L'idée était que la ségrégation totale dès l'enfance pourrait protéger la société de la plaie marxiste», explique Vinyes. Combien furent-ils? Quelque 12 000, mis entre les mains de religieuses qui n'auront de cesse de leur faire «racheter» les crimes de leurs parents. Pour les laver de l'infamie paternelle, la loi permettait de changer leurs noms. Ce qui réduit encore les chances de savoir ce qu'ils sont devenus.

En février dernier, après la diffusion à la télévision catalane d'un documentaire inspiré de ses travaux, Vinyes avait commencé à recevoir des témoignages de quelques-uns de ces «enfants perdus» du franquisme, Le plus terrible, commente-t-il, c'est qu'aujourd'hui encore ils ont peur de parler.»

Catégorie : Actualités
Type(s) d'article : CRITIQUE
Taille : Court, 273 mots

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Doc. : 20021031EX048151F


Mardi 5 novembre 2002

 

La France et l'Allemagne sont tombées d'accord lundi à Berlin pour prendre en compte de nouveaux critères, comme l'inflation et l'emploi, dans le Pacte de Stabilité de la zone euro, aujourd'hui largement focalisé sur la seule maîtrise des déficits publics.

A l'issue d'un conseil économique et financier franco-allemand, le ministre français de l'Economie et des Finances Francis Mer a ainsi évoqué la nécessaire prise en compte de "cinq paramètres de base".

Et de citer, outre le déficit au coeur des discussions actuelles, les critères de l'inflation et de l'emploi, ainsi que ceux, à plus long terme, de la dette et de "la qualité de la préparation du futur".

Le ministre allemand des Finances Hans Eichel a de son côté approuvé l'introduction des critères d'inflation et d'emploi, faisant échos aux propos qu'il avait tenus la semaine précédente, estimant notamment nécessaire de "poser quelques questions autres que celles portant sur le déficit".

L'extension des critères pris en compte pour évaluer les politiques nationales doit également se ressentir au niveau de la Commission européenne, qui doit se voir attribuer "davantage de responsabilité sur la manière dont elle surveille le budget" des Etats-membres, a estimé Francis Mer.

Il a ainsi appelé à "donner à la Commission (...) une capacité d'initiative", lorsque qu'elle juge insatisfaisante la situation d'un pays, non seulement du point de vue budgétaire, mais aussi des "différents paramètres que j'ai évoqués".

Ces nouveaux critères ne visent "pas à remettre en cause (le pacte de stabilité), mais à en affiner la qualité", a tenu à préciser le ministre français. France et Allemagne reconnaissent "l'esprit du Pacte", a renchéri son homologue allemand.

Le ministre allemand des Finances Hans Eichel, en janvier 2002, à Berlin

Le déficit public allemand sera en 2003 "nettement sous 3%" du Produit Intérieur brut, limite imposée par le Pacte, a ainsi répété lundi Hans Eichel, Francis Mer réaffirmant pour sa part que "en 2003 la France fera ce qu'elle doit faire pour rester" au niveau de 2,6% de son PIB qu'elle s'est fixé pour cette année, et comptait à partir de 2004 réduire son déficit "d'au moins 0,5% par an".

"Nous sommes d'accord sur l'objectif" du pacte de stabilité, qui demande aux pays de la zone euro d'éliminer leurs déficits à moyen terme, a également indiqué M. Mer, tout en plaidant pour une lecture plus souple.

"En partant de situations différentes nous parviendrons au même résultat selon des cheminements adaptés à nos situations", a-t-il estimé.

Manifestement peu enthousiasmé, le président de la banque centrale allemande Ernst Welteke s'est juste dit "satisfait" de la volonté des deux pays de s'en tenir au Pacte.

Les deux ministres "ont dit clairement qu'ils s'en tiendraient aux fondements, aux règles et aux objectifs" du pacte de stabilité et de croissance. "Je me satisfais de cette explication", a sobrement commenté le président de la Bundesbank et à ce titre membre du directoire de la BCE.

Le grand argentier a néanmoins réaffirmé le caratère "indispensable" de la discipline budgétaire au sein de l'union, répétant l'un des arguments avancés fin octobre par la banque pour voler au secours du pacte, attaqué de toutes part.

Le président de la Commission européenne Romano Prodi, en octobre 2002, à Strasbourg

L'Allemagne et la France s'en étaient en effet distanciées, la première reconnaissant que son déficit dépasserait cette année 3% du PIB, la seconde affichant son intention de commencer à réduire ses déficits seulement à partir de 2004. Et le président de l'UE, Romano Prodi, était même allé jusqu'à le qualifier de stupide.