INTERNATIONAL(du 17/10 au 14/11)(fin de la première partie)

par ERIC JL BRETON

Publié le mercredi 13 novembre 2002

Mercredi 13 novembre 2002

Nouvelle victoire de Bush sur le ministère de la sécurité intérieure

Dépêche reçue le 13/11/2002 à 18:54

Le président des Etats-Unis George W. Bush rit avec son ministre de la Défense Donald Rumsfeld (D) le 13 Novembre à Washington

George W. Bush a remporté un nouveau succès en obtenant l'accord du Congrès sur la création d'un super-ministère de la sécurité intérieure destiné à faire face à la menace terroriste visant les Etats-Unis.

Les leaders du Congrès ont confirmé mercredi après un entretien avec le président Bush à la Maison Blanche qu'un accord avait été trouvé sur la création de ce ministère.

"Cette loi satisfait nos demandes et donne au président l'autorité et la souplesse nécessaire pour protéger les Américains. Nous espérons que le Congrès votera cette loi avant les vacances" de Thanksgiving, à la fin novembre, a souligné mercredi le porte-parole adjoint de la Maison Blanche Scott McClellan.

Après la victoire de son parti républicain aux élections du 5 novembre puis le vote à l'unanimité du Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution sur l'Irak, cet accord est un nouveau succès pour le président américain. Il avait encore qualifié mardi de "principale priorité" le vote de cette loi.

Ce super-ministère est une pièce essentielle de la stratégie de l'administration Bush dans sa lutte contre le terrorisme. L'accord sur sa création a été annoncée peu après la diffusion d'un message sonore attribué au chef terroriste Oussama ben Laden, lourd de menaces pour les Etats-Unis et plusieurs pays occidentaux.

Sans se prononcer sur la question de savoir si l'auteur du message est effectivement Ousssama ben Laden, le président américain a souligné mercredi que les Etats-Unis le prenaient au sérieux.

"Le contenu de cette bande est un message grave et il rappelle, et devrait rappeler, à tous les Américains et à nos amis et alliés qu'il y a un ennemi actif qui continue de haïr et qui est prêt à utiliser le meurtre comme moyen pour atteindre ses buts", a-t-il affirmé lors de déclarations à la presse à l'issue d'une réunion de son gouvernement à la Maison Blanche.

Le compromis trouvé met fin à de longs mois de blocage. Le Sénat sortant, contrôlé par les démocrates, s'opposait jusqu'à maintenant à certaines dispositions de cette loi, notamment sur les limitations du droit syndical pour les employés de ce nouveau ministère et les pouvoirs octroyés à l'administration présidentielle pour les nommer et les renvoyer.

Ce super-ministère vise à regrouper sous une même ombrelle plusieurs administrations liées à la protection du territoire comme les gardes-côtes, les services secrets, la police des frontières et les services d'intervention d'urgence. Le nombre de ses employés devrait être de l'ordre de 170.000 personnes. Elle ne concerne toutefois pas les services de renseignement extérieur (CIA) ni la police fédérale (FBI).

Paradoxalement, ce sont les démocrates qui en avaient lancé l'idée, et principalement le sénateur Joseph Lieberman. Initialement rejetée par l'administration, elle avait ensuite été reprise à son compte par le président Bush.

Il en avait fait un des thèmes dominants de la campagne électorale, dénonçant l'opposition des sénateurs démocrates. Il leur avait même reproché de se montrer plus intéressés "par la défense d'intérêts particuliers que par la sécurité du pays". Cette remarque avait suscité la colère de Tom Daschle, le chef de la majorité démocrate à la chambre haute.

Mais, depuis les élections, le paysage politique a considérablement changé. Les républicains du président Bush ont repris le contrôle du Sénat aux démocrates et accru leur majorité à la Chambre.

Le nouveau Congrès ne se réunira qu'en janvier mais les démocrates n'ont même pas attendu cette échéance pour accorder à George W. Bush ce qu'il voulait.

 


Mercredi 13 novembre 2002
ETRANGER

Bagdad accepte le retour
des inspecteurs de l'ONU

L'Irak a accepté ce mercredi, sans réserve, les termes de la résolution 1441 sur le désarmement du pays. La coopération devra être totale, faute de quoi Bagdad s'expose à de "graves conséquences".


Un véhicule des Nations Unies devant l'hôtel al-Canal à Bagdad lundi (AP)
 


L'Irak a accepté sans réserve la résolution 1441 de l'ONU portant sur le désarmement de l'Irak, a annoncé ce mercredi l'ambassadeur irakien aux Nations Unies Mohammed al-Douri.
La lettre d'acceptation a été remise au bureau du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan par l'ambassadeur irakien Mohammed Al-Douri.
L’Agence internationale de l’énergie atomique a annoncé dans la foulée que les premiers inspecteurs de l'ONU partiront lundi pour Bagdad.
A Wall Street, les marchés ont salué l'accord de Bagdad; le Dow Jones et l'indice du Nasdaq repartant en hausse respectivement de 0,68% et 0,81% après une matinée morose. Sur le marché des matières premières, le baril de Brent livraison décembre a baissé de 1,07 dollar à 22,65 dollars.

Conditions


Le Parlement irakien avait recommandé mardi à l'unanimité le rejet de la résolution 1441 de l'ONU relative à son désarmement, mais il s'était toutefois remis à la «sagesse» de Saddam Hussein pour la décision finale.
A Washington, le président américain George W. Bush avait averti de son côté que si le raïs irakien «ne se plie pas au détail près à la résolution, nous mènerons une coalition pour le désarmer».
Le fils de Saddam Hussein, Oudaï, avait pour sa part invité ses collègues députés à approuver le texte onusien, en exigeant que des Arabes figurent au nombre des inspecteurs chargés de contrôler le désarmement irakien.
Selon Jacques Baute, de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), organisme qui supervisera toute inspection relative au nucléaire, cette question tombe sous le sens. «Nous aurons des arabophones de différentes nationalités», puisqu'il est «essentiel» pour la réussite de la mission de bien communiquer avec les Irakiens, a-t-il déclaré mardi à l'Associated Press. L'important, a noté Mohamed el-Baradeï, le directeur de l'AIEA, est de constituer des équipes «totalement impartiales et indépendantes».
Le porte-parole de la Maison Blanche Sean McCormack a souligné que «rien» n'est «négociable» dans la résolution 1441 et qualifié de «pur théâtre politique» son rejet par le Parlement irakien.
D'après un autre responsable de l'administration Bush ayant requis l'anonymat, l'Irak a constitué au cours des deux dernières années des réserves d'atropine et de chlorure d'obidoxime, deux substances servant d'antidote aux effets des agents neurotoxiques. Ceci peut laisser supposer que Saddam Hussein a l'intention de protéger ses armées en vue d'une possible utilisation de ces armes sur le champ de bataille, a ajouté le responsable.


Mercredi 13 novembre 2002
 
• LE MONDE | 13.11.02 | 16h20


Pour une société forte et équitable, par Tony Blair
Nous veillerons à ce que les gens paient pour leurs crimes.

Le respect est une notion simple. Nous en connaissons le sens instinctivement. Respect des autres - leurs opinions, leurs valeurs, leur mode de vie ; respect de ses voisins ; respect de l'intérêt collectif, ce qui signifie se soucier d'autrui. Respect de la propriété, qui implique que le vandalisme gratuit, le vol, les graffitis ne soient pas tolérés. Et puis respect de soi qui suppose que l'on ne fait pas que prendre, mais que l'on donne aussi.

Le respect est au cœur de ce qui permet de croire en une société. C'est ce qui fait de nous une communauté, et pas seulement un groupe d'individus isolés. C'est ce qui donne une réalité à un nouveau contrat entre le citoyen et l'Etat, un contrat où il est dit qu'avec les droits viennent les devoirs, que les chances offertes sont assorties d'obligations.

Nous rangeons dans le passé révolu l'individualisme égoïste et étroit des années 1980, mais aussi le "tout-Etat" de 1945 qui pensait à tort pouvoir résoudre tous les problèmes sociaux. Nous sommes en train de construire un Etat favorisant l'initiative et fondé sur la libération du potentiel individuel.

Entre les années 1940 et 1970, le gouvernement a cherché à traiter les problèmes sociaux et économiques à travers la planification et l'intervention de l'Etat. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, les sociaux-démocrates, qui avaient une vision libérale de la "société permissive", ont rompu tout lien entre équité et responsabilité personnelle. Ils pensaient qu'il était du devoir inconditionnel de l'Etat de subvenir aux besoins et d'assurer la sécurité de tous. Dans cette logique, les individus ne devaient rien en retour.

Au début des années 1970, ce langage qui ne parlait que de droits entamait la notion de civisme et minait la lutte contre la délinquance et le déclin social.

Entre les années 1970 et 1990, les gouvernements ont tenté d'empêcher le déclin de la société civile en renforçant l'individualisme. Mais si, à partir des années 1980, l'individualisme de la nouvelle droite restaura en partie la responsabilité personnelle, elle se contenta trop souvent d'abandonner à leur sort individus et collectivités. L'obligation pour la société de faire progresser l'individu n'existait plus.

Cette politique eut des conséquences dévastatrices dont les effets perdurent aujourd'hui. Au milieu des années 1990, la délinquance était en hausse, l'effondrement de la famille et les dégâts de la drogue s'accéléraient, les inégalités sociales s'étaient aggravées. De nombreux quartiers devinrent la proie du vandalisme, de la violence criminelle, de l'incivilité. La reconnaissance élémentaire du caractère mutuel et réciproque des devoirs et du respect, qui fonde la société civile, semblait perdue. On avait la sensation que le tissu moral dont était faite la collectivité était en train de se défaire.

Séparer équité et responsabilité fut une erreur politique et philosophique. La délinquance et la faillite de la société affectent tout le monde, mais ce sont les plus pauvres et les plus déshérités qui voient leur qualité de vie se dégrader le plus. Les habitants des logements les plus pauvres n'en sont pas moins exposés à un risque de cambriolage trois fois plus élevé que la moyenne nationale, fardeau insupportable, tandis que tout le monde, dans notre société, souffre des conséquences de la désintégration sociale environnante.

Par une sinistre ironie, à l'apogée du thatchérisme, alors que l'idée centrale de la droite néolibérale était de placer le libre choix au-dessus de toutes les autres valeurs, la gauche à l'ancienne devint l'image inversée de cette droite. Elle mit l'accent sur les droits sociaux en excluant les responsabilités individuelles, exactement comme le thatchérisme mettait l'accent sur les droits économiques de l'individu à l'exclusion de toute responsabilité sociale.

Les droits et les devoirs de chacun ont toujours été au centre de ma politique. Ce fut l'incapacité de l'un et l'autre parti dominant à offrir une réponse cohérente à la délinquance et à l'incivilité qui me donna cette détermination absolue à transformer radicalement la position travailliste lorsque je devins ministre de l'intérieur du cabinet fantôme, en 1992.

Pendant toutes les années 1980, j'avais éprouvé avec une acuité grandissante que la tâche de la gauche modérée n'était pas de remplacer l'individualisme pur et dur par un Etat paternaliste tout-puissant. Je devrais reconstruire une société civile forte, où droits et devoirs iraient de pair.

Délinquance et incivilités sont un sujet sensible pour le Parti travailliste. On peut bien améliorer les écoles et les hôpitaux... Si, en sortant de chez eux, les gens sont confrontés à la violence, au vandalisme, à l'incivilité, ils ne se sentiront jamais en sécurité, ni ne pourront profiter de nouvelles chances à eux offertes.

Dans le monde d'aujourd'hui, les gens veulent une société sans préjugés - le racisme et l'intolérance - mais pas sans règles. La stabilité et l'ordre dans notre espace collectif sont aussi fondamentaux pour notre objectif progressiste de changement que l'accroissement des chances.

Notre nouvelle approche commence par l'accroissement des chances. Nous investissons massivement dans le plus vaste programme de lutte contre la pauvreté depuis un demi-siècle.

Aux nouvelles chances correspond une responsabilisation nouvelle. Street crime initiative (initiative délinquance urbaine), par exemple, constitue l'un des partenariats entre gouvernement et police les plus réussis, de mémoire d'homme. Pourtant, la vérité est que les gens ne se sentent pas plus en sécurité et savent que le système ne fonctionne pas encore comme il devrait.

Il est désormais de plus en plus clair que le problème se décline ainsi :

- une justice pénale datant du XIXe siècle pour tenter de résoudre une délinquance du XXIe ;

- une coopération insuffisante entre la police, le ministère public et les autres instances ;

- une concentration insuffisante des efforts sur le noyau dur des récidivistes qui sont responsables de plus de la moitié des délits ;

- la lourdeur des procédures judiciaires :

- une justice focalisée sur le criminel et qui ne prend pas assez en considération la victime ;

- une police qui n'a pas les mains libres et pas la souplesse nécessaire pour concentrer ses efforts sur la délinquance et les incivilités ;

- une peine qui ne correspond souvent pas à la gravité de la faute.

Aussi allons-nous nous atteler sérieusement à la solution de ces problèmes. Nous travaillons à une réforme radicale du système de justice pénale, nous voulons en finir avec les incivilités, restaurer la cohésion sociale des communautés éclatées.

Au cours de la prochaine année, nous allons accélérer le train de réformes dans des secteurs-clés, nous attaquer aux avantages acquis qui bloquent le changement, mettre en place une répression sévère contre ceux qui enfreignent à répétition la loi.

Dans une réforme radicale de notre justice pénale, nous procéderons à un rééquilibrage sensible du système en faveur des victimes de la délinquance. Les délinquants s'en tirent trop facilement. Les vieilles règles doivent être balayées ; les procédures judiciaires simplifiées ; les condamnations prendre en compte le délinquant autant que le délit, avec traitement médical ou détention pour les utilisateurs de drogue.

Les condamnations antérieures devraient être dûment retenues, ainsi que les dépositions sur la foi d'autrui ; il faut revenir sur la non-remise en cause de la chose jugée. Si surgit une nouvelle preuve accablante qui implique de nouveau l'accusé, ce dernier doit revenir devant le tribunal. C'est le cas depuis longtemps en Allemagne, en Finlande et au Danemark. Les magistrats doivent pouvoir prononcer des condamnations plus sévères, et nous allons réunir les magistrats et les cours d'assises pour accélérer les poursuites.

Il faut introduire des peines plus lourdes pour les coupables d'actes de violence et d'agressions sexuelles, dont la libération ne pourra intervenir que lorsqu'ils ne représenteront plus de risque pour le public. Nous devons nous assurer que la sanction est à la hauteur du délit et prévient toute récidive du délinquant. Un programme s'assurera que tous les condamnés à de courtes peines seront suivis après leur libération. Notre objectif est de mettre en place un système de justice pénale qui identifie tous les délinquants dépendants de la drogue afin de les désintoxiquer et de les sortir de la délinquance.

Nous veillerons à ce que les gens paient pour leurs crimes. A partir du début 2003, toute personne soupçonnée de trafic de drogue ou d'appartenance à un réseau criminel et possédant de l'argent sur un compte en banque, une maison, ou des biens sans disposer de source de revenu visible pourra se voir confisquer ses avoirs à moins de pouvoir justifier de leur origine légale et non criminelle.

Nous sommes en train de réformer le fonctionnement de la police. Trop souvent, les complications administratives l'empêchent de faire son travail qui est d'attraper les délinquants. Nous avons entrepris une révision en profondeur de notre Police and Criminal Evidence Act. Nous voulons introduire la possibilité de mise en liberté sous caution sur place afin de permettre à la police de rester sur place au lieu de revenir chaque fois au poste de police avec le suspect, et nous voulons lui donner le pouvoir de fixer les conditions de cette mise en liberté sous caution avant l'inculpation du prévenu afin d'éviter que ce dernier puisse commettre d'autres délits ou intimider les témoins.

Nous allons étendre le principe et la pratique des contraventions payables sur place pour lutter contre les incivilités. Nous allons aussi mettre en place des mesures à l'encontre des parents d'élèves toujours absents qui refusent de coopérer avec l'école ou le collège. Ils encourront une amende. Trop de parents continuent de fermer les yeux sur l'absentéisme scolaire de leurs enfants, aussi faciliterons-nous l'application de ces sanctions.

Nous avons besoin d'une nouvelle approche, à la fois plus simple et plus sévère des incivilités. C'est la petite délinquance et ses effets de nuisance publique qui engendrent une forte angoisse chez les gens : vandalisme, graffitis, menues agressions et violences mineures.

Locataires et propriétaires incivils peuvent transformer la vie de tous en enfer. Les familles ont droit à un logement. Elles n'ont pas le droit de terroriser les voisins.

Toutefois, une société civile moderne, étayée par des services publics réformés et un système d'aide sociale actif, ne va pas émerger simplement au travers de lois meilleures, d'une répression plus sévère des manquements aux obligations, de sanctions, d'effectifs de police renforcés. Outre la modernisation du système de justice pénale et la lutte contre les incivilités, il nous faut encore revivifier l'esprit collectif et la cohésion sociale. Comme le répétait Martin Luther King pendant la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, les lois "retiennent les sans-cœur ; elles ne changent pas les cœurs".

Un rôle plus important du secteur bénévole pour l'encadrement et la prestation de services à l'échelon local est central dans notre vision. Les programmes de régénération urbaine largement soutenus par des financements extérieurs ont eu d'autant plus d'impact réel que les décisions étaient prises par les intéressés, localement.

Les réseaux informels entre personnes et familles sont la meilleure protection des communautés et construisent une société forte.

Ce n'est qu'en reconstruisant des espaces collectifs cohésifs et en réformant notre système de justice pénale que nous réussirons à donner vie à notre vision d'une société forte et équitable. Il faut pour cela abandonner la rhétorique et les choix erronés du passé. Depuis 1945, notre politique a trop souvent échoué à articuler une réponse cohérente à la délinquance et aux incivilités. Restaurer une responsabilité civile n'est pas trahir la justice sociale, c'est une condition essentielle à sa construction. Nous sommes déterminés à réussir dans cette action réformatrice.

Tony Blair est le premier ministre britannique.

Traduit de l'anglais par Françoise Cartano.
© Policy Network.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.11.02

Mercredi 13 novembre 2002

 

AFGHANISTAN Un an après le départ des talibans, beaucoup de femmes continuent de porter la burqa lorsqu'elles sont en public

Une étudiante s'apprête à mettre sa burqa alors qu'elle quitte l'université de Kaboul. Par crainte de représailles de la famille ou du voisinage, beaucoup de jeunes filles, qui portent le foulard en cours, se voilent complètement dès qu'elles rentrent dans leur quartier. (Photo AP.)

A Kaboul, la modernité se heurte aux traditions

A l'heure où les Afghans célèbrent le premier anniversaire du départ des étudiants en théologie, le pays se reconstruit lentement mais sûrement. Le nouveau gouvernement, en place depuis six mois, continue pourtant à buter contre les traditions religieuses et les résistances des nombreux chefs locaux.

[12 novembre 2002]

Bawar Hotak a le sourire des jours heureux. A l'entrée du quartier « MicroRayon », son nouveau club de sport ne désemplit pas. Dans cette gigantesque cité-dortoir de Kaboul, construite à la fin des années 70 par les Soviétiques, la classe moyenne de la capitale afghane (de retour du Pakistan) a retrouvé ses marques. Quand ils rentrent de l'université, les jeunes étudiants du quartier se donnent rendez-vous à l'Olympia Gold, dont la nouvelle enseigne flambant neuve représente le corps parfaitement sculpté d'un body-builder afro-américain. « Les femmes du quartier me supplient d'ouvrir un second club pour elles. Mais j'attends les investisseurs », explique Bawar, blaser en flanelle et baskets aux pieds. En face de son centre sportif, une pizzeria et un magasin d'informatique viennent juste d'ouvrir leurs portes. « Les affaires reprennent », renchérit Bawar. « Après vingt-trois ans de conflits successifs, tout est à reconstruire », explique Mohammad, ouvrier dans l'usine Youssefzadeh.

Cet ancien maçon n'a pas eu de mal à trouver du travail, dès son retour d'exil d'Iran. Aujourd'hui, son usine emploie 85 personnes (dont 12 femmes) contre 10 ouvriers sous les taliban. Depuis quelques mois, le secteur industriel est en plein boom. Des cadres de fenêtres aux boîtes en plastique, on fabrique de tout à Kaboul. Un an après le départ des taliban, la capitale afghane ressemble à un vaste chantier où se croisent des businessmen en cravate et des hommes en turban. A cheval sur leur bicyclette ou derrière le volant de leur voiture, ils naviguent dans une ville à 60 % détruite, où les squelettes de nouveaux bâtiments en construction commencent à se multiplier. Proscrites sous les taliban, six nouvelles salles de cinéma ont récemment été inaugurées. Elles projettent en boucle de vieux films indiens et américains.

Au bazar, les nouvelles échoppes de matériel hi-fi et appareils ménagers ne désemplissent pas. Partout, les peintres s'affairent à redonner un coup de pinceau sur les rares bâtisses qui tiennent encore debout. Plusieurs projets de reconstruction de routes viennent également d'être lancés, permettant de relier plus rapidement Kaboul à Bamiyan, Jalalabad et Mazar-e Charif. Si les coupures d'électricité (voire l'absence d'électricité dans certains quartiers) restent monnaie courante, le nouveau gouvernement peut se vanter d'avoir réussi son plus gros défi : le rétablissement de la sécurité dans la capitale. Depuis une dizaine de jours, le couvre-feu en vigueur de minuit à 3 h du matin a été définitivement suspendu, sur décision du ministère de l'Intérieur. Un gage de stabilité qui encourage les investisseurs étrangers (beaucoup de Turcs, Libanais et Pakistanais) à venir développer des projets sur place.

Signe d'une plus grande sécurité, les femmes sont de moins en moins nombreuses à porter la burqa bleue (ce long voile qui recouvre tout le corps) en centre-ville, cédant à la tentation du petit fichu en mousseline et du rouge à lèvre carmin.

Des administrations aux bancs des universités, les Afghanes ont réinvesti toutes les sphères de la société, après cinq longues années de silence imposé par les taliban. Formellement interdits par les étudiants en théologie, les salons de beauté ont désormais pignon sur rue. Avant leurs noces, les jeunes mariées viennent s'y faire relooker le visage à la mode « indienne » (prenant modèle sur les stars des films hindi).

« Le retour des femmes sur la scène publique est un grand pas en avant », commente Sardâr Mohammad Waqibin, conseiller en Affaires féminines auprès du président Hamid Karzaï. Les Afghanes disposent désormais de leurs associations. Elles dirigent leurs propres magazines et envisagent même de lancer une radio privée consacrée aux problèmes des femmes. Mais si le chant des femmes a pu faire sa réapparition sur les ondes radiophoniques, les cantatrices afghanes sont toujours interdites sur le petit écran ou sur scène. « Si les taliban sont partis, les traditions sont toujours bien présentes », explique le responsable d'une ONG locale. Et de citer en exemple le cas de plusieurs écoles de filles, incendiées en province au cours de ces derniers mois. Par crainte de représailles (de la famille ou du voisinage), les nombreuses étudiantes en foulard de l'université se retransforment en ombres bleues, dès qu'elles rentrent dans leur quartier. « Le problème, explique Sadâr Mohammad Waqibin, c'est que nous sommes confrontés à une société aux multiples facettes, où l'islam est inscrit en profondeur. Le nouveau gouvernement est prêt à soutenir la condition féminine, mais nous sommes obligés de tenir compte des traditions islamiques, pour ne pas créer de nouvelles tensions et une déstabilisation du régime. » Sadâr Mohammad sait parfaitement de quoi il parle.

Spécialiste de l'histoire de l'Afghanistan, il ne peut s'empêcher de faire référence à l'époque d'Amanullah Khan. Dans les années 20, cet ancien roi d'Afghanistan, tenté par la politique moderniste de Kamal Ataturk, avait plaidé en faveur de l'abandon de la burqa. Il fut finalement renversé en 1929 par les conservateurs après avoir autorisé la reine Soraya à se dévoiler devant la Loya Jirga (le Grand Conseil afghan). Aujourd'hui, l'élite afghane attend beaucoup du projet de réforme de la Constitution afghane, supervisé par l'ex-roi Zaher Chah. Depuis dix jours, un comité planche sur la modernisation en douceur des institutions politiques du pays, dont les fondements remontent à 1964. La future Constitution permettra de tracer le cadre d'élections démocratiques, censées se dérouler avant juin 2004, selon les accords signés à Bonn en fin d'année dernière.

La partie n'est pourtant pas gagnée d'avance. Reste à convaincre les nombreux chefs de guerre locaux des bien-fondés d'une uniformisation des règles à respecter à travers le pays. A Mazar-e Charif, le général Dostom continue à laisser circuler sa monnaie locale, qui n'a aucune valeur à Kaboul. De son côté, Ismaël Khan, le puissant gouverneur de la province de Hérat, à l'est du pays, continue à faire la sourde oreille en négligeant de redistribuer au gouvernement central afghan les taxes prélevées à sa frontière avec l'Iran. Pendant ce temps, les combats entre différentes factions rivales ne cessent de se multiplier à travers le pays.

Pour tenter de mettre un terme aux conflits internes, le président Karzaï, élu chef du nouveau gouvernement il y a six mois, a commencé à faire le ménage parmi ses hauts fonctionnaires. Il y a une dizaine de jours, il a limogé plus d'une douzaine de responsables locaux, accusés de corruption et d'abus de pouvoir. La poursuite des tensions internes n'a pourtant pas empêché de nombreux réfugiés (des villageois pour la plupart) de revenir en Afghanistan.

D'après le HCR (Haut Commissariat pour les réfugiés), près de deux millions d'Afghans (la plupart réfugiés au Pakistan et en Iran) seraient rentrés au pays, depuis le lancement du programme de rapatriement, en mars dernier. La réintégration est pourtant bien délicate, car il devient de plus en plus difficile de trouver un toit pour dormir. Le personnel de l'ONU et des nombreuses ONG a déjà pris d'assaut les meilleurs logements (loués entre 1 000 et 10 000 euros par mois), provoquant une inflation galopante sur l'immobilier, mais aussi tous les produits de consommation courante.


Mercredi 13 novembre 2002

L'ONU ne veut plus
de l'embargo

La résolution a été approuvée 173 voix contre trois, ce qui représente une majorité encore plus large que l'an dernier.

 
Fidel Castro photographié en avril dernier à La Havane (AP)
 

Pour la onzième année consécutive, l'assemblée générale de l'ONU a adopté mardi une résolution appelant les Etats-Unis à mettre fin à l'embargo économique appliqué contre Cuba depuis quatre décennies.
La résolution a été approuvée mardi par un vote de 173 voix contre trois, avec quatre abstentions, ce qui représente une majorité encore plus large que l'an dernier, lorsque 167 pays membres des Nations unies avaient demandé la fin de l'embargo contre le régime de Fidel Castro.
Cette année, seuls les Etats-Unis, Israël et les îles Marshall ont voté en faveur du maintien de l'embargo, comme ils l'avaient fait l'an dernier.

Accusations

Dans un discours adressé à l'assemblée générale avant le vote, Ricardo Alarcon, président de l'assemblée nationale de Cuba, a accusé le président américain George W. Bush d'insister sur le maintien de l'embargo, et ce malgré le «soutien solide» du Congrès américain et les appels des agriculteurs et chefs d'entreprises américains à la levée des sanctions.
M. Alarcon a également accusé la puissante «minorité anti-cubaine, protégée par ses relations privilégiées avec l'administration actuelle», d'agir contre les «véritables intérêts» des Etats-Unis en préconisant le maintien de l'embargo.
Depuis la crise de la Baie de cochons en 1961, le Cuba subit un embargo commercial imposé par Washington. En 2000, le Congrès américain a toutefois autorisé les entreprises américaines de vendre de la nourriture à Cuba.

Démocratie

Mardi, Ricardo Alarcon a précisé qu'en «onze mois», le Cuba a reçu «712.000 tonnes de produits agricoles américains», des importations d'un montant total de «140 millions de dollars (euros)».
Mais Sichan Siv, le représentant américain au Conseil économique et social de l'ONU, a rappelé mardi que George W. Bush ne lèverait l'embargo que «si le gouvernement cubain prend des mesures concrètes en faveur de la démocratie et des réformes du marché.»
«Malheureusement, le gouvernement cubain ne montre aucun signe d'abandon de ses politiques qui nient au peuple cubain leurs droits fondamentaux», a-t-il estimé. AP