INTERNATIONAL(du 17/10 au 14/11)(fin de la première partie)

par ERIC JL BRETON

Publié le jeudi 14 novembre 2002

Jeudi 14 novembre 2002
 

L'Express du 14/11/2002

Guyane

Le sida pour passeport

par Marie Cousin

Des étrangers se seraient volontairement inoculé le virus pour pouvoir rester dans le département français d'Amazonie

De l'autre côté de l'Atlantique, en Guyane française, la nouvelle circule et fait grand bruit. Le 1er novembre, La Semaine guyanaise, hebdomadaire régional, publiait les déclarations d'un médecin de l'hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni: deux de ses patients, d'origine étrangère, se seraient inoculé volontairement le virus du sida. Dans quel but? Bénéficier d'un titre de séjour de trois mois pour raisons médicales, comme le prévoit la loi française. Cri d'alarme ou fausse nouvelle? Bruno Chautemps, délégué régional de Sida Info Service en Guyane, observe que si ces hommes s'étaient rendus malades pour obtenir des papiers provisoires ils se seraient immédiatement fait dépister en arrivant dans le département français. Or, lorsqu'ils ont raconté leur histoire, ils étaient en Guyane depuis plusieurs années, toujours en situation irrégulière. «Etre séropositif en Guyane, c'est la mort sociale assurée, souligne Bruno Chautemps. Ici, les malades subissent une très forte discrimination.»

«Pour les pays voisins, c'est l'eldorado»

Invérifiable, mais jamais démentie, cette rumeur est le symptôme d'un malaise plus profond qui secoue le département français. Blottie entre le Surinam et le Brésil, non loin de Haïti, l'un des pays les plus pauvres du monde, la Guyane suscite les convoitises. «Pour les pays voisins, c'est l'eldorado», explique un «métro» (métropolitain) installé à Cayenne. Avec deux fleuves frontaliers, le Maroni à l'ouest et l'Oyapock au sud-est, sans oublier la forêt amazonienne, la maîtrise des flux migratoires est quasi impossible. «Sur l'autre rive, au Surinam, les structures sont moribondes, alors tout le monde traverse, raconte Geneviève Simart, présidente de l'association Aides Guyane. L'hôpital de Saint-Laurent (situé sur les rives du Maroni) est complètement débordé: les médecins n'arrivent plus à s'occuper de tous les malades.» Une situation critique, qui vient nourrir le climat xénophobe qui règne, aujourd'hui, en Guyane.


Jeudi 14 novembre 2002

Chen, notre filleul

par Marc Epstein

Pour avoir dénoncé la tyrannie du régime de Pékin, le journaliste Chen Yanbin est en prison. L'Express et Reporters sans frontières le parrainent

Cette année, il a eu 35 ans. Un âge où l'on a encore des projets plein la tête, des envies, des ambitions… A quoi pense-t-il, Chen Yanbin, dans sa cellule de prison? Parce qu'il a osé écrire que le régime chinois était une «tyrannie autoritaire», parce qu'il a publié 400 exemplaires d'une revue clandestine - Tielu (Chemins de fer) - consacrée au mouvement étudiant de 1989, et parce que, enfin, l'avocat commis d'office pour le défendre n'aurait même pas pris la parole devant le juge, Chen Yanbin a été condamné, le 5 mars 1991, à l'issue d'un procès d'une journée, à quinze ans de prison et quatre ans de privation de ses droits civiques. Motifs: incitation à la rébellion et diffusion de propagande contre-révolutionnaire. Ce dernier «délit» a disparu depuis cinq ans du Code pénal. Mais le procès de Chen Yanbin, comme celui de milliers de prisonniers politiques, n'a jamais été révisé. Voilà quatre ans que L'Express a «adopté» Chen Yanbin, en liaison avec Reporters sans frontières. L'absence d'informations récentes sur son sort en dit long sur le mépris dans lequel les maîtres de Pékin tiennent les journalistes qui tentent, en toute liberté, de prendre la parole. En décembre 2001, un représentant d'une organisation américaine de défense des prisonniers politiques chinois, Dui Ha, a été autorisé à visiter la prison n° 2 de Pékin, où est détenu notre filleul. C'est la première fois depuis au moins dix ans qu'un Occidental a pu pénétrer dans cet établissement, situé dans le nord de la capitale. Plus de 2 000 hommes y sont détenus et, selon le témoignage du directeur de Dui Ha, John T. Kamm, le bâtiment est délabré, la clinique, mal équipée, et les cellules sont surpeuplées. Les autorités ont refusé au visiteur tout contact avec les détenus. La prison n° 2 est prévue pour accueillir des auteurs de crimes de sang. Mais l'administration pénitentiaire y a placé aussi des dizaines de prisonniers politiques. D'après John T. Kamm, les détenus peuvent bénéficier de remises de peine ou de petites faveurs - visites des familles, appels téléphoniques - s'ils respectent scrupuleusement le règlement intérieur, les sessions de rééducation, et s'ils travaillent régulièrement dans les ateliers de la prison. En revanche, si un détenu défend son innocence et intervient en ce sens auprès de la cour qui l'a jugé, il perd son droit à la remise de peine. La voilà, l'erreur de Chen Yanbin: il se croyait libre. Alors qu'il vit sous un régime qui punit ceux qui proclament leur innocence.

 


Jeudi 14 novembre 2002

 
 
• LEMONDE.FR | 12.11.02 | 18h40

• MIS A JOUR LE 12.11.02 | 18h42


Des compagnies occidentales accusées d'avoir participé au régime d'apartheid

Les victimes de l'apartheid ont désigné mardi à Johannesburg vingt banques et entreprises occidentales qu'elles poursuivent pour coopération avec le gouvernement raciste sud-africain et pour avoir indirectement contribué à un "crime contre l'humanité".

Dans une conférence de presse donnée à Johannesburg, Neville Gabriel, porte-parole de Jubilee 2000, une coalition sud-africaine qui regroupe 4 000 ONG demandant l'indemnisation des victimes du régime d'apartheid, a confirmé qu'une plainte avait été déposée lundi à New York contre ces vingt entreprises pour demander des dédommagements. Il a précisé que "les dommages causés par l'apartheid se chiffrent en milliards de dollars". "Ceci est une action dirigée contre des banques et des corporations spécifiques pour avoir, par leur aide, contribué à un crime contre l'humanité", a souligné Neville Gabriel.

L'action, lancée par les avocats Charles Abrahams et Michael Hausfeld, est distincte d'une première action en justice intentée au nom de victimes de l'apartheid par un avocat new-yorkais, Ed Fagan, et que Jubilee 2000 avait critiquée en la qualifiant de "mal préparée". Ed Fagan demande, notamment à Crédit suisse et l'Union de banques suisses, une indemnisation totalisant 1,25 milliard de dollars. Cette nouvelle action a été annoncée lundi à Berne par une ONG, la Campagne suisse d'annulation des dettes de l'apartheid (Keesa).

"Une plainte collective majeure a été déposée (lundi) à New York", a confirmé Jubilee 2000 lors d'une conférence de presse à Johannesburg, précisant que les entreprises et banques visées étaient américaines, suisses, allemandes, britanniques, françaises et néerlandaises. Ces banques et entreprises ont, par leurs prêts et investissements, financé le régime d'apartheid, "lui permettant de survivre malgré les sanctions de l'ONU", affirme la coalition.

Les sociétés américaines visées sont : Citigroup, J.P. Morgan, ExxonMobil, Caltex Petroleum, Fluor Corporation, Ford Motor Corporation, General Motors et IBM. Les sociétés allemandes sont : Commerzbank, Deutsche Bank, Dresdner Bank, DaimlerChrysler et Rheinmetall. Les banques suisses Crédit suisse et l'Union de banques suisses (UBS) sont également visées, ainsi que les sociétés britanniques Barclays National Bank, British Petroleum (BP) et Fujitsu ICL, et les compagnies pétrolière française TotalFinaElf et anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell.

Jubilee 2000 a affirmé à Johannesburg que ces entreprises étaient accusées de s'être faites les complices du régime de l'apartheid accusé de "tortures, meurtres, viols, détentions arbitraires et traitements inhumains". "Mais ceci n'est pas une attaque contre la Suisse ou le peuple suisse, ou l'Allemagne ou tout autre pays", a souligné Neville Gabriel.

Jubilee 2000, fondée en 1998, a aussi demandé l'annulation de toutes les dettes de l'Afrique du Sud datant de l'époque de l'apartheid et que l'organisation a estimées à 25,6 milliards de dollars à la fin 1993, la dernière année du régime de l'apartheid. Neville Gabriel a précisé que l'action était déposée au nom de 85 individus et d'une organisation, le Khulumani Support Group, qui dit représenter 32 000 personnes.

Interrogés sur le montant des indemnisations qui seront demandées, le porte-parole de Jubilee 2000 a indiqué : "Les dommages causés par l'apartheid se chiffrent en milliards de dollars (...) mais nous ne mettons pas de chiffre en face de notre action. Nous demandons que les dommages causés par l'apartheid soit réparés".

Le 8 novembre, l'ancien président Frederik de Klerk, artisan de la fin du régime de séparation des races en Afrique du Sud, s'est prononcé à Johannesburg contre les plaintes collectives à l'égard de l'apartheid, estimant qu'elles créeront des précédents qui "paralyseront l'aptitude des banques et des entreprises de faire des affaires où que ce soit".

Avec AFP